L’advenir du futur

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L’advenir du futur

L’advenir du futur

Pour une société de la co-construction

 

« On ne peut prédire le futur, on peut seulement le créer »

Arthur C.Clarke

 

Il me faut tout d’abord préciser les deux termes du titre, si souvent interchangeables dans notre quotidien qu’ils évoquent la même acception : le futur est avenir, l’avenir est le futur.

Je fais néanmoins une différence entre deux types de temps à venir, et pour l’exprimer, j’ai recours à un néologisme qui évitera la confusion habituelle.

Par « l’ advenir » j’entends ce qui va résulter de notre conjonction humaine avec le temps futur, ce qui va arriver à cause de ou grâce à notre présence, notre volonté, notre savoir, notre représentation du monde, bref notre action sur le monde. Alors que le « futur » désignera l’étape ou les étapes temporelles (s) suivante (s), le déroulé infini d’un espace-temps qui perdurera indépendamment de nous, comme il a existé avant notre présence.

1-     le désir de futur

 

« Il y a deux futurs, celui du désir et celui du destin, que la raison humaine n’a jamais su dissocier » JD Bernal

 

Le mécontentement général des sociétés occidentales –les pays pauvres sont encore occupés à rêver de notre modèle de développement, et les pays émergents, même s’ils en perçoivent déjà le désenchantement, courent toujours après lui – s’énonce un peu partout dans les réflexions desdites sociétés, avec des causes aujourd’hui bien répertoriées : crise du lien social, crise des valeurs, perte de confiance en l’espèce humaine…

Nous vivons un sentiment de « déshéritage » : nous sommes peut-être la première génération à nous sentir lésés par notre héritage. Le passé ne nous apprend plus rien, en tout cas il ne nous apporte pas suffisamment de ressources pour imaginer « l’advenir », il ne nous dit plus rien, on n’a plus rien à en dire, il n’est plus un refuge pertinent.

Il est devenu un devoir de mémoire formaté, victime d’une pensée hyper analytique et du psittacisme qui en découle.

Que ce soit l’Université ou la Presse, on analyse, ré-analyse, répète et rabâche sans fin ce qui n’a plus de secret à livrer, on se réfugie dans « toujours plus de la même chose », c’est comme si la pensée ralentissait son rythme, alors que parallèlement l’époque accélère à peu près toutes ses productions : le temps, les déplacements dans l’espace, les outils de communication, la technicité, les modes…Je suis toujours étonnée qu’un réalisateur de cinéma fasse un film sur la deuxième guerre mondiale : y a-t-il encore quelque chose à créer, à apprendre, dans ce sujet-là ? On a eu soixante-dix ans pour exploiter la question !

La pensée hyper analytique qui se réfugie dans l’infiniment réduit[1] a fini par fomenter de l’infiniment véniel, et bien peu savent aujourd’hui en tirer une leçon de vie : l’événement suffit à l’événement, exit peu à peu le sens des choses et des actions, reste le mot, le contenant, la forme d’une société pensante, qui découvre brutalement qu’elle a oublié le contenu de ses actes.

Le présent subit à son tour la même érosion, due sans doute aux mêmes causes : l’hyper analyse ne sert qu’à une description sans fin de la réalité évidente, servie par la multiplication du verbe en tant que verbe et de l’image en tant qu’image. Le devoir d’information évoqué accrédite surtout sa quantification, et la concurrence effrénée pour occuper l’espace de parole, autorise le « copié-collé » intellectuel affaiblissant celui des media comme celui des Politiques. Il n’est donc guère étonnant que leur présent ne soit pas plus vivifiant pour les sociétés occidentales que leur passé.

On comprend donc pourquoi sortir de l’immédiateté pour sauter dans l’inconnu de « l’après » est devenu peu à peu tabou ces dernières décennies : plus on avait peur du futur, plus on essayait de se réfugier dans le présent ; plus on se réfugiait dans le présent, plus on avait peur du futur.

La volonté de maîtriser totalement le futur (illusoire, mais léguée par l’accélération de l’impact de la science depuis le XIX ème siècle sur la société), la peur du différent, assimilant peu à peu l’évolutionnaire au révolutionnaire mettant en péril un stade de développement sociétal que l’on veut concevoir immuable, la censure intellectuelle de l’utopie, réservée peu à peu à la science fiction, ont engendré une grave carence de la créativité, pourtant présente dans toute l’évolution humaine.

C’est comme si l’on avait décidé d’obturer le futur, d’arrêter le temps et l’évolution. Et c’est peut-être bien ce que l’on a initié en évitant de se projeter ! Le saut cognitif ne vient pas, quand bien même on cherche à se faire croire que la validation des ondes gravitationnelles est une découverte majeure révolutionnant la science future ! Etienne Klein, commentant le programme européen « l’Union de l’innovation », déplore à propos de ses objectifs : « En somme, il faudrait innover non pour inventer un autre monde, mais pour empêcher le délitement du nôtre. C’est l’état critique du présent qui est invoqué et non pas une certaine configuration du futur, comme si nous n’étions plus capables d’expliciter un dessein commun qui soit attractif »[2]

Le totalitarisme du présent, l’envahissement de la pensée par l’événement, l’inhibition face au futur, la fuite des certitudes du passé, ont peu à peu édifié une sensation d’impuissance à changer, engendrant le tabou d’une pensée de l’advenir, c’est-à-dire la perte de notre compétence à construire notre avenir.

 

Mais j’ai eu 18 ans en 1968, j’ai eu des rêves de société meilleure, j’ai essayé modestement d’y concourir, et je n’ai pas envie aujourd’hui encore de désespérer de l’humain. Je n’ai pas envie non plus d’endosser de vieux vêtements comme le Communisme ou le Matérialisme, historique, dialectique, et même scientifique, et il n’y a pour moi toujours pas de dieu derrière les nuages…Je ne peux ni viscéralement ni intellectuellement croire qu’il faille se croiser avec une machine pour améliorer l’espèce alors qu’en vérité on la ferait imploser…Je n’ai pas envie de renoncer à croire que nous ne sommes pas, encore une fois, capables de trouver des solutions créatives. C’est peut-être la fin d’un monde, ce n’est pas pour autant la fin de l’espèce.

Il faut ne pas chercher de miracle facile –fût-il technologique de pointe- mais humblement retrousser nos manches pour construire un monde nouveau en acceptant les difficultés de la mue.

J’ai souvent revendiqué l’utopie, le pas de côté, le tronçon de chemin non balisé, comme des outils nécessaires de distanciation d’avec la réalité immédiate. Sachant que nos représentations du réel engendrent le réel, j’ai des chances de me tromper sur le futur, mais j’en ai autant qu’il sorte de mes utopies quelques innovations productives pour construire différemment notre advenir.

Dans la suite de ce texte, je vais donc quitter volontairement une posture rationaliste pour proposer une organisation sociétale un peu différente, convenant mieux à ce que je crois : que nous pouvons encore œuvrer à l’advenir du futur.

 

2- un advenir souhaité

 

« Il y a, surtout, cette profonde cécité spirituelle qui nous empêche de concevoir que la seule réponse à l’accroissement du mal est l’accroissement du bien. »

François Sureau, Chronique du 29 mars 2016

 

Je vais donc détailler maintenant tous les fondements sur lesquels il faudrait bâtir notre advenir pour nous en redonner le goût et la compétence. Il s’agit de souhaits, donc la liste est utopique et ne se préoccupe pas de réalisme à cet endroit. Lâchons la réalité présente un instant…

 

Plus d’éthique.

Pouvons-nous seulement envisager que la seule valeur marchande accordée aux hommes, aux biens et à la planète, soit un outil adapté au long terme exigé par la survie de l’espèce humaine ? Serions-nous là aujourd’hui si une poignée d’hommes préhistoriques s’étaient arrogé l’eau, la terre, l’air et le feu, par le biais de quelques tessons distribués entre eux et interdits aux autres ?

Si quelques-uns d’entre eux s’étaient fait donner le droit de prendre les décisions pour tous les autres, en même temps que l’impossibilité de le leur reprendre –tout en ayant accès au tas de tessons- ?

Si le plus grand nombre, en n’accordant aucune confiance à l’autre et à sa parole, avait été obligé de médiatiser toutes ses relations via un expert – sensible aux tessons- quel que soit l’objet de la relation ?

Une telle organisation, dont la clôture aurait présidé à tous ses fondements, aurait-elle dépassé le stade embryonnaire, et permis un développement pérenne de l’humanité ?

Si nous voulons construire un advenir souhaitable pour l’espèce humaine en lien avec toutes les espèces, il nous faut envisager les bases d’une éthique planétaire, aujourd’hui seulement esquissée[3].

Pourrons-nous survivre dans un environnement étendu si nous n’étendons pas notre conscience à la prégnance de l’interdépendance ? Même si notre petit cerveau et notre petit environnement humain nous font croire à l’individualité de notre liberté, nous devons croiser cette liberté avec les conséquences de nos actions sur les autres espèces et les autres générations, en vivant désormais avec l’idée que chacun de nos actes est relié à la survie de la vie sur terre. A cette échelle-là, les principes moraux ne répondent que partiellement à la taille des défis en jeu. Quand je dis à mon petit-fils :« ne gaspille pas l’eau », il me répond : « pourquoi est-ce que c’est mal de gaspiller l’eau ? ». Effectivement, la morale est inadaptée : pour l’enfant, le mal c’est faire mal à quelqu’un, en se battant, en volant un jouet…à la rigueur on ne fait pas mal à un animal, parce qu’il est vivant, mais l’eau… ! Il faut lui expliquer que l’eau qui appartient à son environnement quotidien au même titre que les rues de la ville ou les pierres du chemin, sur lesquelles il ne se questionne pas, est une ressource vitale mais limitée, il faut développer sa conscience qu’il est interdépendant avec ce bien commun, comme avec tous ceux qui y ont accès. Ainsi passe-t-on de la morale à l’éthique, tressant ensemble des principes de responsabilité écologique et humaine. Mais dans la conscience de l’éthique planétaire, nous ne sommes guère plus avancés que mon petit-fils !

Le frein principal ralentissant son émergence est l’aptitude de chacun à nier sa responsabilité et à se défausser sur un autre acteur, ainsi que l’énonce Pierre Calame[4] : « Les choses évoluent lentement du côté des responsables politiques. (…) de même les choses sont assez lentes à faire bouger du côté des ONG (…) les choses évoluent plus rapidement du côté du monde de l’entreprise. De fait les multinationales et les filières de production sont quasiment les seules organisations à être structurées à l’échelle des interdépendances. Nous ne parviendrons pas à construire de gouvernance mondiale sans nous accorder sur des valeurs communes, nous ne produirons pas de cadre pour gérer les biens publics sans un travail d’élaboration autour de la coresponsabilité. »

L’éthique planétaire doit en effet se co-construire entre des acteurs concernés par les mêmes problématiques d’envergure, elle est l’émanation du bien commun dès lors que l’on doit agir en échelle étendue, soit par la surface territoriale, soit par le  nombre d’acteurs. Produit et producteur d’un sens reliant les acteurs  en grand nombre,  elle est un instrument d’action plus adapté en échelle étendue et complexe, que la morale, davantage opérationnelle en contexte (territoires et/ou acteurs) culturellement plus restreint.

De même, une charte de valeurs est un outil plus efficace dans un monde interactif entre de nombreux acteurs, parce que co-construit par leur diversité sur l’émergence de valeurs communes, qu’un règlement intérieur limité à quelques règles de conduite peu complexes, linéairement imposées de l’extérieur- on le conservera donc en échelle d’interactions restreinte.

Ethique et morale, charte de valeurs et règlement intérieur ne sont pas antinomiques, ils doivent juste s’enchevêtrer harmonieusement dans les différentes échelles d’action où ils sont convoqués.

Si deux groupes d’Humains par exemple doivent agir de concert sur un territoire partagé par une espèce animale menacée qui ne connaît pas de frontière, elle, ils n’auront pas la même position, le même droit, selon leur culture et leur histoire : les uns la mangeront, les autres non, les uns s’appuieront sur des préceptes religieux, les autres non, les uns seront prêts à agir pour la protéger, les autres non. La morale de chacun des groupes nourrira quelques actions, mais les laissera divergents. Pour trouver une solution de long terme à la problématique qui les relie, qui relie leurs territoires et leurs habitants, ils devront ensemble co-élaborer des principes, des règles et des limites qui auront déterminé un espace éthique plus large, une émergence à partir de leurs existants, mais qui les dépasse, et dépasse le court terme.

Le droit, bien que vecteur incontournable de l’action humaine, est néanmoins insuffisant en échelle étendue, car historiquement il a plutôt relayé la morale. Et donc, « si on se contente d’invoquer des droits sans définir de responsabilité, on ne fait que créer du vide » (P. Calame, ib)

 

Plus de partage.

La centralisation est partout, fille de l’Etat nation, et fille de la monarchie, particulièrement en France, où les strates du millefeuille de la décentralisation ne parviennent pas à faire émerger un autre modèle que celui de la course à la place la plus haute, synonyme de tous les pouvoirs. Centralisation du pouvoir, de l’argent, de l’énergie, affaiblissent et affadissent la démocratie, de moins en moins basée sur le partage effectif des pouvoirs. On peut imaginer, à la suite de Jérémy Rifkin, qu’en croisant Internet avec les énergies dites renouvelables, le citoyen du futur aura les moyens techniques de produire, gérer et utiliser son énergie[5]…Pour cela il faut aussi que l’énergie soit définie comme un bien commun au service de l’homme, et non plus de la finance.

 

Plus de projet.

Si l’on veut réintroduire notre compétence à créer « l’advenir », il nous faut reconstruire du projet, de la projection vers demain, dont on semble avoir perdu le goût. Celui-ci pourrait nous revenir si nous réintroduisions du sens dans nos projets. Le projet du sens à co-construire redonnerait du sens aux projets divers.

Car les projets ont été évidés peu à peu du sens. De dérives d’intérêts en réductions d’échelle, la finalité, en se centrant sur l’outil pour l’outil, le moyen décorrelé du contexte, a fini par lasser les acteurs du mode projet. Et comme ils ne s’y investissent plus, ils ne peuvent donc plus infléchir le changement qu’ils souhaiteraient. Peu à peu ce désinvestissement initie la croyance chez les acteurs que rien ne peut changer, cette carence de l’advenir amplifiant leur défiance du futur.

 

Plus de confiance.

En ne croyant plus aux ressources d’adaptation de l’espèce humaine, l’individu ne se fait plus confiance. Mais peut-on envisager durablement le paradoxe d’une société hyper-connectée où chacun se méfie de l’autre ? L’homme ne peut survivre dans sa seule individualité, il a besoin d’une dimension collective où il existe grâce à l’autre. Or l’histoire de notre espèce pourrait se poursuivre avec l’étape de se sauver elle-même. Nous serions la première espèce à avoir comme projet de prolonger le genre humain, ce qui la changerait de s’entretuer[6]…Qui ne se connaît pas s’épie et se méfie, et les liens connectés ne construisent pas la confiance. J’ai 3500 amis sur facebook, mais qui viendra m’aider à descendre l’escalier  quand je me serai cassé la jambe ? Ou les limites du virtuel !

 

Plus de faire-ensemble.

Je préfère le « faire ensemble » au vivre ensemble, dont on parle beaucoup aujourd’hui, mais comme s’il s’agissait d’un attribut de la société existant quelque part (il est tout de même bien caché !), d’un en-soi collectif qu’il faut juste mobiliser… Le « vivre ensemble » ne peut qu’être le résultat d’un processus de partage et d’apprivoisement de l’autre.

C’est bien en faisant avec l’autre que l’on se découvre l’un par l’autre. La confiance par exemple ne se décrète pas, elle est au nombre des processus collectifs qui ne peuvent s’enclencher que dans un contexte de faire ensemble. A la suite de Pierre Manent : « on dit enseigner le vivre ensemble, mais pour enseigner le vivre ensemble, il faut donner accès à une chose commune et partageable. Autrement c’est un pur formalisme des bonnes paroles et des bons sentiments sans aucun pouvoir sur des élèves, sur des jeunes gens exposés à des revendications tout de même plus excitantes que ces paroles creuses [7]», je déplore que l’on ne s’intéresse qu’au produit, à la case finale tout en aval au lieu de remonter au processus, qui a pourtant seul, le pouvoir de transformation sociétale durable.

Paradoxalement encore, alors que dans le monde du travail les tâches et les compétences de chacun s’enchevêtrent avec celles d’autrui, l’être humain se réfugie dans l’espace réducteur du lien avec sa machine. Et plus il a peur du faire ensemble, plus il fuit le faire ensemble, plus il fait mine de trouver son bonheur dans son couple avec la machine. Quid du vivre ensemble sans chose à partager ?

 

Plus de bien commun.

Aujourd’hui, le bien commun existe peu dans l’espace public. Il est peu ou prou assimilé à la morale –le bien/le mal- mais il doit être redéfini à l’échelle d’un monde globalisé où ce qui est le bien dans un pays peut être le mal dans un autre. Le bien commun doit être défini en le liant au contexte de l’action, d’une problématique, d’une culture. Il n’est pas donné, il doit être co-élaboré par des acteurs concernés –décisionnaires ou conseillers- avec une méthodologie rigoureuse. Songeons aux préparations des publics participant aux conférences de citoyens, à leur formation, information, croisement de ressources diverses. Non, le bien commun n’est pas donné a priori par une thématique ou un groupe d’acteurs. Il doit émerger par un processus de confrontation des représentations et d’intelligence collective.

 

Plus de sens.

La société a perdu le sens, car l’essence des choses a été jugée inutile, au profit de la rationalité réduite de l’action –souvent à court terme qui plus est.

Il nous faut réintroduire de l’envergure, l’envergure de ce qui a du sens pour les acteurs, tous les acteurs, pas seulement les experts ou les spécialistes. Il faut élargir et confronter les visions multiples, sinon le réductionnisme nous étouffera définitivement[8].

La réduction de la réalité en cases et outils séparés ne convient plus à une société-monde, car elle en obture le sens à l’individu, alors qu’il est contraint malgré tout d’y agir, d’y penser, d’y vivre. Co-construire collectivement une vision élargie de sa place dans cette société-monde rendrait à l’homme occidental la joie… de vivre.

 

Cet exercice est bien entendu artificiel et encore trop analytique.

Car plus d’éthique ne peut advenir qu’avec plus de partage, plus de partage avec plus de projet, plus de projet avec plus de confiance, plus de confiance avec plus de faire ensemble, plus de faire ensemble avec plus de bien commun, plus de bien commun avec plus de sens…

On peut aussi prendre l’énoncé à l’envers, les interactions y seront toujours aussi fondamentales.

Car le monde globalisé se lit mieux avec un regard systémique.

 

3- Les changements à opérer

 

« Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent » H. Dunant

 

Le changement à petites doses dans nos systèmes fortement centralisés ne transforme rien. J’ai essayé pendant vingt ans d’initier une forme de projet collectif que j’ai appelé « constructiviste[9] » dans les Institutions, fonctionnant en agrégeant les problématiques et les acteurs divers autour du sens qu’ils ont fait émerger.

Ces vecteurs de changement ont presque toujours été absorbés par les systèmes centralisés, restant des bulles trop différentes du contexte et trop éloignées du modèle institutionnel.

Je suis convaincue aujourd’hui que le changement doit être suffisamment d’envergure, sous peine de se voir récupéré pour alimenter au contraire le « toujours plus de la même chose » cher à Watzlawick.

On assiste aujourd’hui à l’avancée, sans doute bénéfique en théorie, des « Conseils de citoyens », organes se voulant de co-construction dans la politique de la ville[10]. Mais intervenant dans un contexte de centralisation des pouvoirs administratif et politique, ils sont encadrés par le Préfet, des élus et fonctionnaires municipaux, qui n’ont pas la culture de co-construire avec des citoyens le sens de l’action publique, citoyens qui n’ont pas la culture du faire institutionnel lourd, aller-retour, réunions et comités de pilotage à la clé …Les uns se sont réfugiés dans la seule application de la loi, en aval du sens, les autres dans la revendication domestique, en aval de l’aval de l’application de la loi, chacun renforçant le système de dilution du sens.

Ces Conseils auraient de la valeur aux yeux des citoyens comme des techniciens s’ils leur permettaient de remonter en amont à la question du « pour quoi faire ? » appliquée à leur quartier, leur ville, leur territoire. Si l’on ramène leur malaise à une réponse-outil (un terrain de sports, une salle de réunion, le ravalement des façades…etc.), on se trompera d’échelle.

Personne alors ne pourra faire émerger une vision commune sur ce qu’ils pourraient faire ensemble autrement, tant qu’on préformatera les réponses (et maintenant aussi les problèmes).

Est-ce que ces Conseils de citoyens auront un pouvoir quelconque de décision et de changement, hormis celui qui sera validé par le pouvoir officiel ? La politique de la ville a une vraie culture de la transversalité, mais elle reste opératoire dans un contexte de centralité.

Pour initier vraiment de la co-construction (de sens), un certain nombre de nos fondations pluriséculaires doivent être modifiées, mais la base de cette modification en est commune : il faut passer d’un noyau centralisé sur peu d’acteurs à un ensemble tripartite, et d’une organisation verticale à des flux entre des sous-ensembles.

Ce changement structurel impacterait bien entendu les principales Institutions fondatrices de notre société, à commencer par le fonctionnement de sa démocratie et de son éducation.

 

3-1 Le système de représentation politique et de décision publique.

 

Beaucoup de nos concitoyens s’accordent aujourd’hui sur le fait primordial de ne plus laisser la politique aux seules mains de ceux qui en font métier et se l’approprient comme s’il s’agissait de leur entreprise (au mieux).

Pour changer cette forme de démocratie (non)représentative à mes yeux, et la rendre plus directe, je propose que des « groupes-tiers » de citoyens représentent la population, chaque tiers ayant un rôle différent et complémentaire des deux autres.

Un tiers aurait un rôle de décideur (maître d’œuvre), un tiers aurait le rôle de gestionnaire des tâches (maîtrise d’ouvrage), et un tiers serait le pilote garant du bien commun et du sens (maîtrise d’usage).

Ces tiers seraient constitués de population civile, d’élus, de techniciens et fonctionnaires, d’experts.

Le principe du tiers s’appliquerait aussi pour les tranches d’âge : un tiers de moins de vingt-cinq ans ; un tiers d’adultes ; un tiers de seniors.

L’ensemble des tiers travailleraient à partir d’une nécessité transversale appelée par le territoire, devenant ainsi la problématique émergente à traiter.

Cette problématique serait reliée indissociablement avec le territoire qui l’a fait naître.

Ainsi le croisement de ces deux dimensions formerait la trame et le cadre obligatoires de l’organisation, des décisions, et des actions de l’ensemble (groupe trois-tiers) : une problématique engendrée par ce territoire, ce territoire (co-) construit par cette problématique.

Cette entité territoire/ problématique serait la brique de base du système tripartite.

Par ailleurs, il ne faut pas confondre la problématique et le sens : la problématique est une nécessité donnée par le territoire, le sens est ce que les acteurs veulent en faire, la direction à lui donner.

Outre les décisions et les actions à mener, ce groupe trois-tiers aurait à charge de faire émerger le bien commun sur ce territoire /problématique (T/P), ainsi que de ne pas dissocier le sens et l’éthique de la mise en œuvre pratique.

Contrairement aux décisionnaires actuels, qui ont pris l’habitude de se retrancher uniquement dans les conséquences pratiques de leurs choix, au motif (faux) que les citoyens ne s’intéressent qu’à cette dimension.

Et ce bien que les expériences de co-construction de l’espace public montrent que le citoyen, avec un peu de formation, sort du syndrome NIMBY (préoccupé uniquement des conséquences personnelles) pour donner un sens à l’espace commun en remontant aux questions en amont des apparences[11].

Par exemple, si la problématique nécessaire à traiter est l’aménagement d’une rivière, le territoire est celui qui lui est afférent. Rien de trop compliqué dans cette définition du contexte.

Mais tous les acteurs du groupe trois-tiers générés par ce T/P, doivent élaborer le sens –certes un peu plus complexe- de ce qu’ils souhaitent faire de cet aménagement, compte tenu de leurs rêves mais aussi de leurs réalités, ressources et limites géographiques, géopolitiques, financières, valeurs sociales, environnementales, prospectivistes… en un tissage qui produira le sens directeur à donner à ce T/P.

Il est donc primordial que le sens émerge des représentations des trois tiers, bien qu’il soit ensuite garanti tout au long des actions par un seul tiers (maîtrise d’usage) ; de même est-il impératif que la fonction articulatoire avec d’autres groupes T/P soit assurée par l’ensemble des trois tiers (ce qui ne veut pas dire tous les participants, ce peut être une délégation réduite en nombre). Vu que ce n’est pas le nombre d’individus qui compte, mais que toutes les diversités d’opinion soient présentes, afin qu’à tous les niveaux d’action, la richesse ayant fait émerger le sens commun ne se perde pas, ne se réduise pas, et soit à même de polliniser d’autres T/P par leurs expériences.

Bien entendu, il faut concevoir ce fonctionnement comme systémique : aucun des tiers, malgré des fonctions différentes, ne travaille en silo, et les interactions permanentes entre les tiers sont constituantes d’un tout augmenté.

On initierait ainsi une forme de co-construction émergente qui chasserait tout naturellement les objectifs descendants imposés à la population sans qu’elle y participe, comportement qui revitaliserait grandement la démocratie.

Un autre bénéfice de ce changement initiant la réintroduction du  sens, de l’éthique et du faire-ensemble, serait de sortir de la seule logique financière ou politicienne pour guider l’action publique.

Le rôle d’élus -en nombre forcément restreint par rapport à aujourd’hui -consisterait à être garant de la marche des Institutions.

Ils ne détiendraient plus à eux seuls le pouvoir de décision et de suivi des affaires publiques puisqu’ils le partageraient avec les autres membres des groupes-tiers. Par contre on les élirait sur un programme visant à améliorer l’organisation des Institutions et non plus sur de seules opinions (?) politiciennes.

Le fonctionnement Territoire/Problématique

Présentation1

 

Composition de chaque tiers :

Citoyens

Elus

Fonctionnaires

Experts

Techniciens

1/3 de jeunes

1/3 d’adultes

1/3 de seniors

 

 

Cette organisation nécessiterait de nouveaux outils collectifs pour aider le groupe tripartite à assumer sa compétence :

  • des instances d’information fiables et variées (telles qu’il en existe dans les conférences de citoyens)
  • des instances de formation et de réflexion autour du « bien commun »
  • des instances de réflexion pour définir les T/P (territoires/problématiques) prioritaires
  • des espaces de ressources articulatoires, de veille et de suivi (sorte de pot commun d’outils et d’expériences transversales) permettant de croiser les informations, les outils et les recherches (ce que se proposent d’être les Maisons de projet pour les Conseils citoyens)
  • des mémorisations et partage d’expériences.

Quelques modifications majeures sont inévitables pour rendre cette organisation viable :

  • que les participants au groupe T/P changent tous les trois ans, durée suffisante pour réaliser les actions ayant émergé du sens commun, pour que celui-ci les reconfigure si besoin est, mais insuffisante pour permettre une « fonctionnarisation » de l’emploi des acteurs, qui nuirait à la diversité des représentations, et donc affaiblirait le sens.
  •  que les T/P soient limités en espace et en nombre d’habitants, les trop gros systèmes me semblant plus enclins à la « contre-productivité » dénoncée par Yvan Illitch[12]Par contre les articulations entre T/P seraient forcément multipliées, afin de garantir l’ouverture propre aux flux transversaux. Et cette fonction articulatoire ne devrait pas être réalisée par des acteurs distincts, mais par le groupe-tiers lui-même (cf le schéma ci-dessus), le plus à même de relier et de polliniser d’autres T/P.

 

  • 3-2 Le système administratif

On  sortirait du millefeuille administratif en suivant en ce domaine aussi le même modèle T/P. On pourrait alors repenser le nombre de fonctionnaires, les couches de faisabilité du millefeuille, comme le nombre d’instances politiques. Ces missions existeraient toujours mais seraient réduites au rôle de facilitateur ou pourvoyeur de ressources pour les actions décidées sur le T/P.

L’Etat nation pourrait aussi être constitué de la même façon tripartite, et sa fonction serait d’articuler le niveau T/P et le niveau européen (ou celui qui représenterait la plus grande échelle si la Communauté européenne se modifie voire disparaît).

En tant que noyau essentiellement articulatoire, il ne nécessiterait pas beaucoup d’acteurs, contrairement à aujourd’hui et à leur nombre inflationnaire, conséquence d’une logique créatrice d’un cercle vicieux : toujours plus de normes à tous les étages entrainent toujours plus de procédures, qui entraînent toujours plus de fonctionnaires[13] ; inflation dont on est à peu près sûr que les citoyens n’en voient plus l’intérêt.

D’autant que la multiplication ne s’accompagne pas d’une réorganisation par le sens, mais poursuit l’éclatement des logiques administratives et de leurs espaces en les rendant opaques à l’usager : comprend-il la différence s’il a un besoin concernant un enfant, entre une Maison du citoyen, une Maison des familles, Maison de services au public, une MDPH, un CCAS, un CIAS, un service de la famille, un service de services à la population, un service de l’enfance, un point relais-famille, un pôle enfance-famille …pour ne citer que des services rendus à l’échelle d’une commune, ou intercommunaux, et qui ne correspondent pas, qui plus est, à la même définition d’un territoire à l’autre. Au lieu de raisonner par le sens ( quelle est la problématique de l’usager ?) on fonctionne à partir de l’empilement de lieux ou de fonctions administratives. On pourrait rationaliser le service à la population en trois ou quatre grandes problématiques, débouchant sur trois ou quatre entités de prestation pouvant se croiser, au lieu de les multiplier à l’infini en silos étanches, ce qui réduit l’efficacité des services au citoyen plutôt que de l’améliorer.

 

 

.3-3 Le système d’enseignement

 

Parmi les systèmes qui pèchent aujourd’hui par leur centralisme et leur verticalité, ceux-ci alimentant leur fermeture tautologique, le système éducatif pourrait lui aussi se transformer vers l’ouverture grâce à un fonctionnement T/P.

On pourrait ainsi remplacer les disciplines-silo par deux entités complémentaires : les formations transversales et les thématiques métiers.

Les formations transversales travailleraient la compétence du sens dans la société, par exemple : « comment produire du sens dans la transmission de l’information ? Ou dans la décision publique ? Ou dans la gestion locale ? Ou dans les projets citoyens ? Ou dans la recherche de la spiritualité ? Ou dans la reliance de ce que l’on voit séparé ? »…apprentissages dont pourraient notamment profiter les groupes T/P.

Alors que les thématiques métiers développeraient les outils ou spécialisations concrets, nécessaires à la mise en œuvre du sens dans l’opérationnalité sociétale.

L’organisation tripartite précédemment évoquée serait aussi appliquée dans le système universitaire : un tiers de maîtrise d’usage, un tiers de maitrise d’œuvre, un tiers de maîtrise d’ouvrage ; un tiers de chaque tranche d’âge ; renouvelables tous les trois ans, sur la base de Territoires/Projets

Chaque territoire serait au plus près de ses besoins en métiers et compétences, ce qui n’empêcherait nullement les flux entre territoires.

Ainsi, l’émergence du sens et l’administration de chaque groupe T/P seraient au service d’un contexte au plus prés du local, tout en produisant du global, par leur connexion avec d’autres groupes T/P.

L’augmentation d’échelle leur permettrait d’élargir le sens par leur relation avec d’autres groupes articulatoires (celui d’un quartier, d’une ville …de l’Europe, si elle existe encore, d’autres pays, …etc.)

L’opérationnalité engendrée serait à la fois verticale par le traitement de la thématique choisie et transversale par l’interaction avec d’autres groupes, d’autres thématiques, d’autres capitalisations d’expériences.

C’est donner là un bien grand rôle aux acteurs (désignés, volontaires ?), avec de très grands risques d’anarchie ou de chaos.

Mais est-il préférable de confier son destin à une classe politique  qui s’éloigne autant du sens et de l’éthique ?

Peut-on continuer à gouverner linéairement un monde d’interactions complexes ? Doit-on, tels des enfants, pour survivre, « faire comme si » et rester dans un refuge fantasmé qui s’éloignera toujours plus de la réalité ?

Certes, Platon[14] voyait la démocratie comme le plus mauvais des gouvernements, mais au IVème siècle avant JC, l’aube de la pensée linéaire et une société peu nombreuse s’accommodaient d’un centralisme politique : une seule tête pour éviter le chaos.

Alors qu’aujourd’hui avec l’accroissement des acteurs connectés dans l’espace-temps planétaire, une seule tête ne pourrait qu’engendrer le chaos.

L’Etat nation est une case inefficace qui ne défend qu’elle-même, on voit combien la communauté européenne peine à faire émerger une politique commune sinon une fédération.

 

C’est qu’elle n’a pas suffisamment accordé l’importance qu’elle nécessitait à la co-construction d’un sens.

Elle a suivi le même itinéraire (feuille de route ?) que celui que l’on reproche aux Institutions françaises : noyée dans l’outil, les normes, les procédures, l’homogénéisation, la conquête de territoires nouveaux (appâtés par les subventions), la multiplication des acteurs, et le tsunami des interactions non prévisibles et non envisagées…

Cependant que le sens s’échappait, s’éloignait du mythe de paix qui avait émergé des deux pays fondateurs, que l’on considérait comme acquis et donc partagé avec les nouveaux entrants. Pourtant des référendums auraient pu alerter…

Dans les projets constructivistes que j’ai encadrés, j’ai toujours pointé une cause  insidieuse mais destructrice : l’arrivée de nouveaux acteurs doit systématiquement engendrer un travail de réémergence du sens commun.

Sans cette contrainte, le sens du projet échappe bien entendu aux nouveaux – cela devient rapidement le projet des autres- et hélas échappe bientôt aussi aux anciens.

Quand la communauté européenne a-t-elle (re)travaillé le sens de cette organisation avec le citoyen ?

On découvre maintenant des réactions extrêmes d’éclatement, qui signent le projet sans sens commun, la perte de sens entrainant la perte d’éthique, car alors chacun va essayer de profiter du projet sans se soucier de nuire aux autres (le Grexit, le Brexit, le neerlandexit… ?)

Dans tous les projets complexes, d’échelle étendue, à logiques multiples, il sera de plus en plus nécessaire de co-construire le sens que les acteurs veulent leur donner ; si cette brique de base manque, l’advenir du futur s’émiettera de chaos en chaos, de conflit en conflit, d’intérêt individualisé en intérêt individualisé

Car si actuellement, quelques acteurs ont le pouvoir de décider pour les autres, ces autres ont, eux, le pouvoir de faire échouer lesdites actions dont le sens ne leur apparaît pas (cf. la loi travail El Khomri).

Cette forme de projet « constructiviste »- que j’appelle ainsi parce que l’action n’y est pas figée  mais laisse la place à la définition et redéfinition du sens tout au long de son déroulement – est à voir comme un processus spiralé d’enrichissement.

En effet, les acteurs (re)construisent du sens par agrégation de nouveaux acteurs qui amènent de nouvelles thématiques, qui amènent à leur tour de nouveaux acteurs.

Le fonctionnement T/P, où le croisement d’un territoire-contexte et d’une problématique à traiter s’ouvrirait en avançant sur une nouvelle problématique dans le territoire qui aurait évolué, et qui engendrerait un nouveau T/P…etc. illustre bien pour moi le fonctionnement en projet constructiviste.

Le cheminement de la faisabilité passerait de linéaire à spiralé, l’action, en étant toujours à la fois produit et productrice du sens, garantissant l’ouverture de la spirale.

Continuer de négliger le sens porté par les acteurs étendus de notre société est la meilleure façon de sabrer notre advenir du futur, lequel dans le silence vide d’un espace-temps sans espèces vivantes, continuera sa course infinie.

Mais on peut aussi choisir une bifurcation (au sens Prigoginien) – à condition d’accepter, contrairement à aujourd’hui, notre impuissance à maîtriser tous les aléas de son évolution – pour confirmer que la puissance collective de notre volonté et de notre éthique peut encore dérouter notre destin.

 

 

 

 

 

[1] Cf L’humanisme confronté au réductionnisme, www.biausser.fr

[2] Chronique du 17 février 2016 dans La Croix

[3] Même si je rends hommage à Edgar Morin d’en avoir été l’un des pionniers…(Ethique, T VI de la Méthode)

[4] Comment reconnaître les responsabilités de l’humanité ? in Chroniques de la gouvernance, 2015, ed CL Meyer

[5] La troisième révolution industrielle, comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie, le monde, Babel essai

[6] Cf Ethique de la compréhension, compréhension de l’éthique, www.biausser.fr

[7] Entretien dans la revue Etudes, mars 2016, à propos de son dernier ouvrage Situation de la France, Desclée de Brouwer, 2015

[8] Cf L’humanisme confronté au réductionnisme, www.biausser.fr

[9] Cf l’onglet «  projet constructiviste » in  www.biausser.fr

[10] Loi du 21 février 2014

[11] Cf De la participation urbaine, Cahiers de la Cambre n ° 3, ed La Lettre volée

[12] Oeuvres complètes, T1 ed Fayard

[13] J’oublie volontairement la logique électoraliste française qui s’appuie traditionnellement  sur le recrutement de fonctionnaires…

[14] « Dans un pareil Etat, le maître craint et flatte ses élèves et les élèves se moquent de leurs maîtres comme aussi de leurs gouverneurs » La République, livre VIII